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     Suite à cette impitoyable nouvelle, Éloïse se sentit trahie une nouvelle fois. Le départ d'Elena de sa vie avait été difficile. Celui d'Éléonore allait avoir des conséquences désastreuses sur sa destinée. Son attachement à la jeune femme avait été tissé par le fil manifeste de l'amour, et l'amour lui avait brisé le cœur. Elle était effondrée.

      Éloïse se sentait perdue. Elle errait sans but dans la ville où elle habitait. Et parfois, elle restait dehors toute la nuit sans pouvoir fermer l’œil, sans pouvoir oublier celle à qui elle vouait des sentiments d'une infinie tendresse.

      Au cinquième jour, après le départ d'Éléonore, Éloïse prit la voiture pour évacuer ses peines et roula de manière aléatoire. Elle arriva par hasard à Marville. Elle se gara plus loin, au plan d'eau de l'Othain, et continua son errance à pied. À part un homme qui s'adonnait au plaisir de la pêche avec son fils, l'endroit semblait paisible.

      Le plan d'eau de l'Othain était ceinturé d'une forêt de feuillus, de landes et de broussailles. Des compétitions de pêche à la carpe et au brochet y étaient prisées.

      Lorsqu'une personne a le cœur brisé, elle recherche d'office la solitude. Elle sait pourtant que cet isolement aura un effet déplorable sur son état mental, pourtant elle y tient. Cette décision effective conforme à une intention est programmée dans nos gènes. C'est ce qui rend la nature humaine fascinante.

      Dans cette solitude objective, Éloïse se sentait bien et en même temps, harcelée par les souvenirs de son passé avec Éléonore et Elena, elle éprouvait un pincement dans son cœur. À force de réfléchir, de penser et de repenser, elle finit par se perdre dans ses propres réflexions. La voilà prise par de violentes crises de regret. Son âme en détresse recherchait à la fois l'éloignement d'avec ses semblables et du réconfort.

      Comme les mots du silence, éclairée par la lumière du soleil, sa faculté de discernement se détachait progressivement de ses sens. L'amour avait le pouvoir de déstabiliser ses victimes. Il pouvait même leur faire perdre la raison et leur faire commettre l'irréparable. Éloïse était devenue sa proie. Il n'allait plus la lâcher. Sans l'aide de quelqu'un sur qui compter, sa vie allait se briser comme l'éclat d'un verre. Et rares sont les fois où un verre puisse être recollé. En général, lorsqu'on casse un objet, il ne sert plus, on le jette. Lorsqu'un cœur se brise, vu de l'extérieur, il n'y a rien qui nous montre son état intérieur et pourtant en réalité, il est irrécupérable. Éloïse était sur le point de laisser son cœur se rompre complètement.

      Décidément, l'amour est insaisissable. Il a un côté pile et un côté face, un côté lumineux et un côté sombre, un côté positif et un autre négatif : c'est l'équilibre des forces. Dans un seul sentiment, subsistent deux variations de force de contre-mesure. C'est la conséquence qu'engendre une réaction. C'est l'ordre et le chaos. La réaction négative est égale à une conséquence négative. Une réaction positive équivaut à une conséquence positive.