01 reine des fee

Je me tenais là, à l’ombre d’un imposant épicéa qui bougeait lentement, d’heure en heure suivant la course du soleil. Solitaire depuis toujours, je contemplais vénérablement le vol majestueux des oies sauvages continuant leurs longues migrations vers des terres inconnues. Je respirais fructueusement l’arôme des fleurs sauvages que les nymphes stationnaires agglutinaient soigneusement. Parfois une abeille caustique venait entraver leur escapade inassouvie. J’écoutais le chant que faisait l'oscillation des ailes des fées dissimulées et cachées par les branches épineux. Le fredonnement de ces êtres hantait mon ouïe attentif au moindre son et libéraient de l’antre des anges une vapeur inusité. Elles s’adonnaient à leur vole nuptiale, chevauchant les lumières du bonheur. Le poids de la douceur ne s’arrêtait pas de ce jardin secret mais d’un âge venu des réminiscences. La nature jouait un rôle essentiel à l’éclosion et à la magie que reflétait ce monde. Une pluie fine se mit étrangement à gondoler à la brise tandis que les feuilles continuaient de recevoir les rayons du soleil. Elles scintillaient sous l’eau. Au dessus de ces feuilles, des gnomes minuscules avaient trouvés refuges en liant plusieurs feuilles. Ils avaient froid et tressaillaient de spasmes. Ils s’étaient blottis entre eux. Venant des hauteurs, un brouillard infatué s’épaississait considérablement. J’étais comme pétrifié et paralysé devant l’aspect que prenaient les choses. Dans cette quiétude devenue intense, mes sensations se dilataient, ma conscience s’éveillait et le silence se métamorphosait par le cri mystifiant des lutins comme pour appeler à une sédition espiègle et sibylline.

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Les chênes eux-mêmes semblaient être faits d’une matière filandreux, leurs branches encore entourées d’ouates. Incitée par ce tumulte dantesque, une nuée de petits papillons blâmés par le chant du vent avait perdu de l’altitude. Pris de frénésie, ils se dispersaient en tout sens, pillée et déchirée par l’avidité des corbeaux dans un poudroiement de farine et d’ailes brisés. Ceux-ci se retiraient dissouts promptement dans l’herbe et le taillis. La dissonance des cris des oiseaux aussi médisant qu’élitisme semblait feinte avec perspicacité ceux des autres créatures. Je sentais alors la chute brutale de la nuit m’oppresser inexorablement. Les yeux dans le vague, j’écoutais le bruissement paisible des étoiles qui s’étalaient en pluie harmonieuse, chaque instant plus proche et la présence des hommes au-delà des frontières de nos terres, chaque instant plus lointain.