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      Wendine ne perçut pas la traîtrise de l'amour venu s'infiltrer au sein de leur famille. Il avait pris son père en étau et ses étreintes sur lui étaient tenaces. C'est en observant le sourire disparu des lèvres de sa mère et ses yeux qui dévoilaient une impérissable tristesse que la jeune fille comprit que quelque chose n'allait pas. Elle put capter toute la souffrance qui s'était logée dans ses yeux. La vie qu'elle avait connue jusqu'à cet instant avait perdu toute sa logique.      

      Elle essayait parfois de réconforter sa mère en lui apportant un peu de sa chaleur. Elle avait beau rechercher des mots qui sauraient la toucher, comment une si jeune enfant pouvait-elle rivaliser avec la puissance de l'amour ? Les mots qu'elle prononçait n'avaient aucune emprise sur l'ébauche de l'amour. Sa mainmise sur le père engendrait inévitablement la douleur et le désespoir chez la mère. De par son jeune âge et en manque d'arguments, Wendine savait très bien qu'elle s'y prenait mal. Et comme tout parent responsable, sa mère l'incita à ne pas s'immiscer dans leur discorde.

      Un soir, après une violente dispute, son père claqua la porte sans se retourner et prit la voiture. Les paroles furent brutales et les conséquences irréversibles. Les nuages déversèrent la tristesse des dieux sous un ciel chargé de pluie, et la stridulation du grillon se tut.

      À l'aube, profitant de l’accalmie et se laissant bercer par la brise matinale, Wendine sortit dans le jardin. Elle fut accueillie par un arc-en-ciel. Les fleurs dansèrent et laissèrent échapper une profusion de senteurs, d'arômes et de parfums mielleux. Les premiers insectes pollinisateurs faisaient le plein de nectar, tandis que plus loin, virevoltaient ici et là quelques papillons. La jeune fille contempla les nuages qui disparaissaient au loin et les lumières naissantes du ciel orangé. Elles étaient douces et belles. La frontière entre la nature et l'homme céda sous un jour nouveau.