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                                                                     (peinture de l'auteur)

          Dans une contrée lointaine et paisible où la lumière du soleil rayonne et baigne dans le bleu du ciel, une étendue de forêt chatoyante de couleur couvre secrètement le velours des lichens. L’aspect du paysage est sans cesse façonné par le temps et par les changements de saisons. Progressivement, le ciel s'assombrit tandis que les nuages menaçants flottent au dessus des montagnes. Fascinée et terrifiée, une petite fleur au destin fastidieux, aussi merveilleuse qu'étonnante, grelotte mais reste passive.

          Sans prévenir, une coulée de brume dévale la pente de la colline en effaçant la lumière du jour alors que le fracas du tonnerre retentit aussitôt, suivit d'une averse interminable. Pris à dépourvue par l'orage, les animaux de la forêt fuient et se réfugient à travers les bois pour échapper au mauvais temps. Si la montée des eaux s'avère être un refuge pour la vie aquatique, elle est par conséquent un spectacle terrifiant et dévastateur pour la vie terrestre. Les cours d'eau se transforment en torrent puis débordent de leur lit pour inonder la vallée. La petite fleur est prise dans un tourbillon de boue destructeur, mais quoi qu'il arrive, l'âme du monde restera toujours intacte. Malgré cette course effrénée contre les éléments en furie, le sol se dévoile, les champs refleurissent et les rayons du soleil pénètrent dans la terre pour que la vie renaisse à nouveau. Malgré les pluies diluviennes, l'irrésistible petite fleur demeure toujours dans ce monde.

           C'est l'été, le plus majestueux des sapins trône parmi les grands arbres de la forêt, il en est le roi. Captivée par les couleurs attrayantes de la petite fleur, une cigale s’avance lentement vers elle d’un regard curieux et se met à chanter. Ses pétales resplendissants brillent sous l'effet de la lumière du soleil. Les insectes en sont subjugués, les fées aux ailes lumineuses survolent sans cesse les prairies, évitant les branches des arbres pour venir l'admirer. Plus tard, à tour de rôle, les nymphes des bois et celles des forêts viennent contempler et s'émerveiller devant elle. Un petit lutin immobile exhale son doux parfum et la sourit. Plus haut dans le ciel, un aigle se laisse se laisse guider par l'air transitoire. Tout à coup, le rapace replie ses ailes et vole en piqué. Arrivé à quelques mètres du sol, il exécute un virage très court, ralentit, plane et fonce sur un lapin qui voulait brouter les feuilles et les pétales appétissantes de la petite végétale. Ainsi, grâce à l'agilité de l'aigle, le rongeur prit la fuite.

          Le froid fait jaunir les feuilles, qui tombent unes à unes sur le sol jusqu'à ce que leurs branches soient entièrement dénudées. Un vent glacial étire son voile d'automne très loin, au delà de la vaste prairie. Les champs se vident, les fleurs n'y sont plus et les étoiles ne brillent plus. Pourtant, devant ce paysage dépravé et mélancolique, la petite fleur subsiste toujours, courtisée et parfois jalousée. Elle est belle et somptueuse. C'est grâce à sa pureté qu'elle reste aussi intact et cela, quelque soit le temps qu'il fait. La vie est imprévisible, le reflet de la lune montre aux uns et aux autres l'étendue d'une dimension souvent réelle et parfois irréelle. L'hiver s'insinue sur la surface scintillante des sommets enneigés. Le blizzard emmène dans sa masse démesurée, l'hostilité des flocons exaltés. Tandis que la tempête de neige persiste sur les hauteurs, les eaux se figent créant ainsi des sculptures irrationnelles. La petite fleur grelotte, est est figée par le gel.

 

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                                       (Photo de l'auteur)

Le printemps est attendu avec impatience, les mois passent et la glace finit par fondre. Le soleil brille à nouveau, les nuages s'évaporent et un arc-en-ciel dévoile le spectre de ses couleurs. Le bruit des cascades rugissante enthousiasme les animaux qui se réjouissent de cette renaissance. L'eau se libère de l'emprise de la glace, les cours d'eau deviennent des torrents qui s'immiscent ensuite dans les rivières. Au milieu de ces quelques amas de neige restant, la petite fleur secoue ses pétales et laisse échapper le parfum de la vie. Devant cet enchantement printanier, une libellule dévoile son émergence de l'eau tandis que des insectes fendent l'écorce des arbres et accédent à la sève tout particulièrement savoureuse. Un jeune hibou exerce ses ailes durant des heures pour tonifier ses muscles. Un lynx s'est pourvu d'un territoire dans la vaste forêt, il croise la route d'un ours qui se gave de baies. Un renard inspecte les moindres recoins, il est suivi par un écureuil très curieux. Leur environnement est un terrain de jeu très vaste, mais qui comporte aussi de multiples dangers.

          Par un jour de froid et de vent, un grand tétras cherche lieu tranquille pour se reproduire près d'un énorme chaos rocheux, la femelle est très effarouché. La brise légère et accueillante devient peu à peu lugubre et inamicale. Un atmosphère étrange enveloppe le pays tout entier dans un voile de mystère. Le soleil décline, donnant le sentiment qu'une menace se rapproche dangereusement. Les feuilles et les branches frétillent à l'approche d'un être maléfique. Le chant mélodieux des oiseaux s’atténue et se meurt. Un homme portant un fusil sur l'épaule se faufile à travers la forêt, il est prêt à tuer sans état d'âme. Les animaux ont peur, ils sont déstabilisés, ils se courbent, se cachent et s'enfuient dans un désarroi total. Soudain, un coup de feu retentit, la mort est ressentie et l'air est asphyxié par l'odeur transparente du sang. L'esprit d'un être innocent a quitté son corps pour aller vers un autre monde, une nouvelle contrée que les vivants ne sont pas autorisés à y pénétrer.

          Une fée, inquiète, suit par mépris les pas de l'homme parsemés de sang. Ils la conduisent à la petite fleur, abîmée et écrasée par le passage et la lourdeur du méprisant chasseur. La petite fleur est frappée par une tragédie qui restera sans aucun doute impunie. Fébrile et presque inconsciente, son courage s'estompe peu à peu et se dissout en même temps que sa pensée. Au clair de lune, caressée par les mouvements fluorescente de l’aurore boréale qui flottent dans le ciel, les animaux sont déchirés par cette action de violence. Ils sortent de leur cachette et s’approchent de son corps inerte.

          Soudain, une lueur jaillit derrière un vieux chêne, c’est la reine des forêts. Elle est doté d'une vertu inébranlable, sa bienveillance est visible dans ses yeux clairs. Son corps est celui d'une femme resplandissante, cependant, elle est vêtue de lianes, de feuilles et de fleurs. Elle s’approche délicatement de la malheureuse victime dont la vie semble vouloir la quitter. Elle la caresse, lui parle et la berce de sa douce voix. N’apercevant d’aucun changement, elle parsème alors sur elle une poussière enchantée. Malheureusement, rien ne se passe. Elle est confuse, car ses pouvoirs de protectrice de la nature sont limités. Elle pleure aussitôt des larmes mystiques, engendrant autour d’elle une plus grande tristesse.

 

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        L'agonie de la petite fleur semble prendre fin lorsque près d'elle, une tige naissant de la terre s'élève et s'abaisse aussitôt sur elle. Alors une fleur aussi éblouissante que rayonnante, en pleine éclosion parsème sa clairvoyance sur la fragile créature meurtrie. Comme par enchantement, elle est réanimée à la vie. Ainsi, malgré la tourmente et la fatalité, les deux petites fleurs s'aimèrent et vécurent heureuses jusqu'à la fin des temps, sans jamais se faner ni flétrir. Après tant d'années d'insouciances, leur histoire et leurs péripéties sont contées aujourd'hui encore par de grands sapins, de vieux cyprès et des chênes...

 

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