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   Soudain, sans qu'elle s'y attende, une lionne sauta sur le capot de la jeep. Elle adopta un comportement agressif, les vibrisses hérissées, les plis sur le nez et les dents sorties. Des gouttes de sang du buffle coulaient de sa puissante mâchoire. Louna demeura immobile, figée par la peur et collée au siège. Elle tremblait de manière incontrôlable et voulait crier, mais sa voix resta muette. La jeep n'avait pas de toit, seul le pare-brise faisait obstacle au félin. Cela n'allait pas le retenir. Plus rien n'était en mesure de sauver Louna d'une mort atroce. Elle allait se faire dévorer vivante.

      La lionne s'approcha d'un pas. Elle laissait couler de la salive sur le volant et fixa sa proie qui ne clignait plus des yeux. La jeune femme pouvait sentir son souffle et son haleine. Elle était à portée des crocs. Pourtant, aussi mystérieux qu'était le monde impitoyable des animaux de la savane, le fauve, en proie à une grande frayeur, recula et s'enfuit à toutes grandes enjambées. Quelque chose l'avait effrayé. Louna regarda derrière elle, il n'y avait rien, aucun animal susceptible de faire fuir la lionne, aucun humain.

      C'est alors qu'elle sentit un souffle chaud derrière sa nuque. Il y avait une présence dans l'habitacle de son véhicule. C'était une présence protectrice, bienveillante. Ce moment surnaturel offrit à Louna le courage de faire demi-tour et de trouver la protection des Massaïs dans leur camp.  

      Derrière elle, rassasié, le lion dominant alla se reposer à l'ombre. Il laissa les autres membres du clan se repaître de la chair du buffle. La férocité des prédateurs laissa place à l'unité du groupe social. Ils quittèrent ensuite les lieux, le ventre rempli. Sans plus attendre, les charognards se précipitèrent sur la carcasse déjà entamée. Les hyènes se servirent en premier. Puis vint le tour des chacals, des vautours et des marabouts d'Afrique. Rien ne fut laissé, hormis la tête et les os. Tout avait été entièrement nettoyé. Le calme revint aussitôt.